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Le Nigeria a porté plainte contre les essais thérapeutiques mortels sur des enfants par Pfizer !

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Urban Wakan
Publié le 06 mars 2021
Le pays le plus peuplé d'Afrique a accusé le laboratoire pharmaceutique américain Pfizer d'avoir fait «des expérimentations sur des victimes vulnérables, sans les approbations nécessaires des agences régulatrices du Nigeria» et en prétendant «venir apporter une aide humanitaire». En clair, d'avoir utilisé des enfants comme cobayes, à leurs dépens. Photo : Fiddausi Abdullahi Madaki, victime du test de Pfizer en 1996, est assise chez elle à Kano. © Reuters

MORT DE 11 ENFANTS

En 1996, une épidémie de méningite et de rougeole fait des ravages à Kano, deuxième plus grande ville du pays dans le nord du Nigeria. En quelques semaines plus de 3 000 personnes meurent. Le laboratoire américain offre alors son aide et un médicament : le trovafloxacine. Deux cents enfants bénéficient du traitement. Selon l'accusation, peu de temps après, onze d'entre eux meurent. Beaucoup d'autres sont atteints de lésions du cerveau, de surdité ou de paralysie.

L'histoire ne suscite pas immédiatement de réaction. Mais en 2000, le Washington Post publie une enquête qui accuse le laboratoire américain Pfizer d'avoir directement provoqué ces décès en utilisant les enfants comme cobayes. Les médicaments auraient été administrés à des rats mais devaient encore être testés sur des humains avant de pouvoir être commercialisés. Au Nigeria, le scandale est immédiat. Des manifestations éclatent dans les rues de Kano, et tout médicament occidental devient suspect.

«Les Nigérians avaient perdu la foi en la médecine des Blancs, les journaux étaient pleins d'éditoriaux condamnant la négligence du gouvernement nigérian et l'attitude de Pfizer», se souvient Kunle Ishola, l'avocat de la centaine de familles des victimes. Médecins sans frontières (de Hollande), qui n'a pas prescrit de trovafloxacine, mais qui avait lancé une campagne de vaccination contre la méningite est expulsé. «Aujourd'hui encore le traumatisme est entier et il reste difficile de travailler dans cette région tant la méfiance est vivace», confie un travailleur humanitaire.

En 2004, pendant onze mois, la ville de Kano et une grande partie du nord du pays refusent une campagne de vaccination contre la polio. Le laboratoire pharmaceutique américain, lui, dément tout manquement à l'éthique. Le médicament en dernière phase de développement avait été évalué chez 5 000 patients. En 1999 cependant, la Food and Drug Administration (FDA) américaine émet un avis public sur les «risques de toxicité» du trovafloxacine sur le foie. Elle accepte malgré tout l'utilisation du médicament pour l'adulte en 1997 et la refuse pour l'enfant.

ACTIONS JUDICIAIRES

En 2001 et en 2004, les familles de victimes nigérianes lancent une première procédure judiciaire respectivement au Nigeria et aux Etats-Unis. Toutes deux échouent malheureusement. «Au Nigeria, au bout de trois ans de procès le juge s'est déclaré incompétent pour des raisons personnelles». «Aux Etats-Unis, le juge a déclaré que le Nigeria serait un endroit plus approprié pour la tenue de ce procès. Il s'est déclaré incompétent.», explique Kunle Ishola. 

Fin mai, les autorités de l'Etat de Kano, le plus grand de la fédération nigériane, avaient déjà intenté un procès à Pfizer devant la Haute Cour de l'Etat, réclamant 2,75 milliards de dollars d'indemnités à la société pharmaceutique pour avoir «secrètement utilisé des enfants comme cobayes dans les tests d'un médicament». Le procureur général de l'Etat du Kano, Aliyu Umar, avait demandé au tribunal de retenir contre le laboratoire 29 chefs d'accusation dont «comportement antiéthique, comportement délictueux, complot, dissimulation et mort de victimes innocentes». 

Le procès lancé cette fois par le gouvernement nigérian à lui commencer le 26 juin, mais Kunle Oshila a du mal à croire aux bonnes intentions du gouvernement nigérian. «Depuis 2002, il y a un rapport rédigé par le ministère de la Santé nigérian. Tout y est inscrit noir sur blanc : les preuves, les accusations, et pourtant pendant des années le gouvernement l'a toujours ignoré, alors pourquoi se réveiller onze ans après ? enrage l'avocat. Je suis convaincu que si l'Etat nigérian s'intéresse à l'affaire maintenant c'est parce qu'il voit bien l'argent qu'il peut gagner.»

Selon la plainte déposée par le procureur de la République, l'Etat prévoyait d'allouer 500 millions de dollars de compensation aux familles des victimes et 450 millions à l'éducation en matière de santé. Le seul ministère de la Santé nigérian devrait lui recevoir 1 milliard de dollars de compensation et l'Etat 5 milliards de réparations générales...

ACCORDS ENTRE L'ETAT NIGERIAN ET PFIZER

En 2009, les autorités de l'Etat nigérian de Kano et le géant pharmaceutique américain Pfizer sont enfin parvenus à un accord. Selon l'accord, Pfizer s'engage à verser une indemnisation de seulement 75 millions de dollars aux victimes. Cet accord ne met pas pour autant fin aux ennuis judiciaire de Pfizer, qui est par ailleurs poursuivi par le gouvernement nigérian pour dissimulation d’intention.

Quand on pense que c'est à ce laboratoire que notre gouvernement fait confiance, avec des commandes passées en 2020, pour la vaccination Covid...

Et depuis 2019, les essais thérapeutiques sur des enfants Africains utilisés comme des cobayes continuent dans le silence total des médias télévisuels ! (lien en-dessous): 

Kenya et Malawi : zones test de Bill Gates pour un carnet de vaccination injecté sous la peau


Source : Libération : https://www.liberation.fr/futurs/2007/06/06/la-plaie-pfizer-ne-s-est-pas-refermee-au-nigeria_95277/

Le Monde : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2007/06/05/le-nigeria-porte-plainte-contre-le-geant-pharmaceutique-americain-pfizer_918913_3212.html

Centre des Ressources sur les Entreprises et les Droits de l'Homme : https://www.business-humanrights.org/fr/derni%C3%A8res-actualit%C3%A9s/nig%C3%A9ria-sant%C3%A9-pfizer-paiera-75-millions-de-dollars-de-compensation/#:~:text=Il%20s'agit%20de%20ce,millions%20de%20dollars%20aux%20victimes