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L’audience d’extradition américaine d’Assange a repris ce lundi - l'avenir de la Liberté d'Expression est en jeu !

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Urban Wakan
Publié le 13 septembre 2020
Après plusieurs mois d’une interruption prolongée par la pandémie de coronavirus, la justice britannique a repris ce lundi l’examen de la demande d’extradition du fondateur de Wikileaks, Julian Assange, réclamée par les États-Unis. L’Australien de 49 ans est poursuivi notamment pour espionnage par la justice américaine, pour avoir diffusé à partir de 2010 plus de 700.000 documents classifiés révélant entre autre les crimes de guerre et les violations des Droits Humains du gouvernement américain et de leurs alliés (comme le Royaume-Uni), particulièrement en Irak et en Afghanistan. Il risque 175 ans de prison.

Il revient à la justice britannique de déterminer si la demande américaine d'extradition qui lui est soumise respecte un certain nombre de critères légaux, et notamment si elle n'est pas disproportionnée ou incompatible avec les Droits de l'Homme.

175 ANS DE PRISON

Les États-Unis reprochent au fondateur de WikiLeaks d’avoir mis en danger des sources des services américains. Il risque 175 ans de prison. Les avocats d’Assange dénoncent quant à eux une procédure « politique » fondée sur des « mensonges ».

Avant la reprise à Londres de l’audience, qui doit durer trois ou quatre semaines, ses soutiens ont appelé à une manifestation devant la cour criminelle de l’Old Bailey lundi matin. Un rassemblement organisé par la Ligue des Droits de l'Homme a également été organisé à Paris, place de l’Opéra.

Julian Assange est actuellement emprisonné à la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh, où ses conditions de détention ont été dénoncées par le rapporteur de l'ONU comme de la torture.

ABUS DE PROCEDURE

La poursuite d’Assange a toujours été motivée politiquement. Nils Meltzer, le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la torture, a reconnu l’abus de pouvoir coordonné des gouvernements occidentaux impliqués dans cette affaire. Après avoir rendu visite à Assange en prison avec son équipe médicale en mai 2019, il a rapporté que le fondateur de WikiLeaks présentait des symptômes évidents de torture psychologique prolongée.

De son assignation à résidence et de sa détention arbitraire à l’intérieur de l’ambassade équatorienne à Londres à son incarcération dans la prison de Belmarsh, Assange a été traité avec une extrême cruauté aux mains de l’État et ses droits fondamentaux ont été gravement violés.

Pendant des années, alors qu’il était à l’intérieur de l’ambassade, Assange a été privé de soins médicaux, refusé l’accès à l’air frais et à la lumière du soleil en raison du refus du gouvernement britannique d’honorer son droit d’asile – en violation des décisions du Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire.

Plusieurs conflits d’intérêts graves liés au Juge qui supervise son affaire à une destruction documentée des preuves par le parquet, combiné au manque prolongé d’accès d’Assange à ses avocats, son affaire a été l'objet d'un niveau important d’abus de procédure.

DIFFUSION ET SUIVI À DISTANCE

Les débats devaient reprendre en mai. Ils ont fait les frais de la pandémie de Covid-19. Le spectre de cette dernière devrait encore planer sur les travées des deux salles de l’Old Bailey, Palais de justice au cœur de Londres, où se déroulera l’audience – prévue pour s’étaler sur trois à quatre semaines.

Faute de pouvoir se rendre sur place, des dizaines de journalistes et d’observateurs suivront les débats depuis leur domicile ou leur rédaction, en visioconférence. L’interdiction absolue de filmer ou de photographier les discussions sera mise à rude épreuve, dans une affaire brûlante où les partisans de l’Australien dénoncent les manquements de la justice.

Le procès, où les deux parties présenteront les preuves, documents et témoins à l’appui de leur stratégie, sera aussi d’une durée exceptionnellement longue pour un examen de demande d’extradition au Royaume-Uni, preuve du caractère ultrasensible du dossier.

UNE SANTÉ FRAGILE 

Les avocats de Julian Assange devraient aussi insister sur la santé fragile de leur client. Apparu affaibli lors de la première semaine du procès, en février, il a manqué plusieurs audiences de procédure au printemps, le personnel de la prison londonienne où il est incarcéré lui ayant déconseillé de se rendre dans la salle dédiée à la visioconférence afin de minimiser tout risque d’infection au nouveau coronavirus.

En mars, la juge chargée du dossier avait refusé la demande de libération sous caution formulée par ses avocats pour lui éviter de contracter le Covid-19, qui sévit durement au sein de l’établissement. En juin, un collectif de médecins militant pour la cause de l’Australien avait apparenté sa situation à de la « torture ».

UN APPEL PRESQUE CERTAIN

Le fondateur de WikiLeaks avait été arrêté en avril 2019 après sept ans derrière les murs de la représentation diplomatique équatorienne, où il s’était réfugié après avoir enfreint les conditions de sa liberté sous caution, craignant une extradition vers les Etats-Unis.

Il revient à la justice britannique de déterminer si la demande américaine d’extradition qui lui est soumise respecte un certain nombre de critères légaux, et notamment si elle n’est pas disproportionnée ou incompatible avec les Droits de l’Homme.

Au coeur des débats se trouve également la question de savoir si Julian Assange mène des activités journalistiques, qui doivent être protégées comme telles.

Julian Assange est actuellement emprisonné à la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh, où ses conditions de détention ont été dénoncées par le rapporteur de l'ONU comme de la torture.

Lors des quatre jours d’audience qui se sont tenus en février, avant une pause prolongée par la pandémie de nouveau coronavirus, Julian Assange était apparu parfois confus, ayant du mal à maintenir son attention.

L’un des avocats du fondateur de Wikileaks, Edward Fitzgerald, s’était devant la juge dressé contre des poursuites motivées par des « raisons politiques » et donc nulles, dans la mesure où l’accord américano-britannique interdit « expressément » les extraditions pour les « infractions politiques ».

L’avocat a accusé le président américain Donald Trump de vouloir faire de son client un « exemple » dans sa « guerre contre les journalistes d’investigation ». « L'avenir du journalisme est en jeu », a déclaré le rédacteur en chef de WikiLeaks, Kristinn Hrafnsson, lors du rassemblement.

CRISE DE LA DÉMOCRATIE LIBÉRALE OCCIDENTALE

Désormais, avec la poursuite d’Assange, l’Empire américain tente une fois pour toutes d’écraser la Conscience, détruisant les derniers vestiges de la démocratie. Assange est détenu dans la prison de haute sécurité de Londres depuis plus de 500 jours, aux côtés d’assassins et de terroristes, pour avoir dénoncé les crimes de guerre et les violations des Droits Humains du gouvernement américain (et de ses alliés) ! Il risque désormais d’être extradé vers les États-Unis, où il ne pourrait bénéficier d’un procès équitable.

S’il était reconnu coupable, Assange serait condamné jusqu’à 175 ans de prison et soumis à des mesures administratives spéciales (SAM), connues pour être le coin le plus sombre du système carcéral fédéral américain. Ces conditions dures non seulement bâillonnent un prisonnier mais aussi leurs avocats. Il serait placé dans un isolement complet, coupé du monde extérieur. Peut-être pour le restant de sa vie !

Son extradition s’apparenterait à une «peine de mort», a déclaré sa compagne Stella Moris au Times samedi. La jeune femme de 37 ans craint que Julian Assange ne mette fin à ses jours et que les deux enfants qu’elle a eus avec lui ne grandissent sans leur père.

Elle a remis lundi à Downing Street une pétition de Reporters sans frontières contre l’extradition de son compagnon, signée par 80.000 personnes !

Reconnaissant la grave menace qui pèse partout sur la liberté des médias, une quarantaine d’organisations de défense des Droits de l’Homme et de la Liberté de la presse comme Amnesty International se sont fermement opposées à ces poursuites politiques contre Assange ! Des journalistes du monde entier se sont rassemblés pour défendre la Liberté d’Assange. Ils ont critiqué la décision dangereuse du gouvernement américain de criminaliser l’activité journalistique de base !

Plus de 200 médecins se sont prononcés contre la torture continue et la négligence médicale du journaliste australien et ont appelé le gouvernement britannique à mettre fin à la procédure d’extradition contre Assange. Un éventail d’avocats et d’universitaires du Droit ont exprimé leurs inquiétudes concernant les nombreuses violations des Droits Humains, civils et politiques fondamentaux d’Assange, exigeant sa libération immédiate !

DÉFENDONS NOS LIBERTÉS FONDAMENTALES POUR SAUVER CE QU'IL RESTE DE LA DÉMOCRATIE !

Dans ce dernier moment avant que la lumière de la transparence ne s’éteigne, alors que notre société dégénère rapidement en despotisme, notre avenir commun appelle un public informé à se mobiliser et à faire son devoir de demander des comptes au pouvoir et à la justice. La Conscience des gens ordinaires du Peuple est notre meilleur espoir dans cette obscurité. Ce n’est qu’en ayant le courage d’affronter véritablement l’injustice et d’agir en solidarité avec ceux qui travaillent à dévoiler la Vérité que nous pourrons mettre fin à ces poursuites illégales contre la Liberté d'Expression et de la presse et ainsi rétablir notre propre démocratie.

WikiLeaks a lancé la page officielle de la campagne « N’extradez pas Assange ». Vous pouvez obtenir des informations sur la manière dont vous pouvez aider à arrêter son extradition. 

Sur Peertube (le Youtube libre), vous pouvez visionner : le film « La guerre au journalisme: le cas de Julian Assange » pour plus de précision sur ce sujet.

Vous pouvez aussi si vous le souhaitez faire un don au fonds de défense officiel de WikiLeaks. 

Pendant les semaines de l’audience d’extradition, des actions de solidarité sont prévues à travers le monde. Pour plus d’informations sur les actions à venir, rendez-vous sur le Mois décentralisé de la solidarité avec Assange, les lanceurs d’alerte et la liberté de la presse dans le monde.

Source : Le Monde, Ouest France, Libération, Antiwar